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PFAS

PFAS, des polluants éternels


Les polluants per- et polyfluoroalkylés (PFAS) sont des composés de synthèse quasi indestructibles et développés depuis les années 1940 pour résister à l’eau et à la chaleur. C’est une grande famille de 4.700 molécules présentes dans des objets de la vie courante : Produits en Teflon, emballages alimentaires, textiles, automobiles, cosmétiques… Leur point commun est d’avoir une chaîne carbonée (« alkyl ») comportant au moins un atome de carbone lié à 3 ou 2 atomes de Fluor (« fluoro-« ).

Savez-vous qu’il y en a même dans le papier toilette ? En effet, les industriels utilisent des PFAS comme agent mouillant améliorant la réduction du bois en pâte à papier. Il y en a donc dans le papier « neuf » comme, ensuite, dans le papier recyclé. Et donc dans le papier WC… Selon une étude américaine publiée en 2023, le diester de phosphate de télomères fluorés 6: 2 (diPAP 6: 2) est le PFAS le plus répandu dans le papier hygiénique et dans les boues des stations d’épuration. Les chercheurs estiment que l’utilisation de papier hygiénique contribue chaque année à l’apport de 6,4 à 80 μg de ce PFAS par personne. Ainsi, le papier hygiénique devrait être considéré comme une source potentiellement majeure de PFAS entrant dans les systèmes de traitement des eaux usées (source).

On produit des PFAS dans cinq sites en France :

  • deux usines dans la « vallée de la chimie » à Pierre-Bénite (Rhône),
  • une à Villers-Saint-Paul (Oise),
  • une à Tavaux (Jura)
  • enfin une à Salindres (Gard).

Et de nombreuses industries en utilisent.

Ampleur de la pollution par les PFAS

A l’échelle de l’Europe, il y aurait plus de 17.000 sites contaminés à des niveaux supérieurs à 10 ng/L. Plus de 2.100 sites présenteraient une pollution dangereuse avec plus de 100 ng/L de PFAS. Un rapport de Générations Futures recense au mieux la pollution des eaux de surface dans les départements français. On y lit ainsi pour la Haute-Loire que sur 5 PFAS recherchés dans 41 échantillons, 3 en contenaient au moins un détectable. Ce département fait partie des départements qui semblent peu pollués. A l’inverse de Paris et des Hauts-de-Seine où on en a retrouvé dans tous les prélèvements. Ce qu’on peut affirmer : la pollution aux PFAS en France est très étendue et concerne presque tout le territoire. Mais on note aussi une grande disparité dans les méthodes d’analyses et dans le nombre de PFAS recherchés.

>> L’eau douce, une limite vitale

Pourquoi représentent-ils un problème ?

  • Une fois dans l’environnement, ils y restent. Ces substances chimiques sont quasi-indestructibles. Donc quand vous jetez votre papier hygiénique dans les toilettes, vous apportez un peu de PFAS… certes une quantité infime, mais qui se cumule et ne partira de l’eau des égouts que pour aller dans la rivière, l’océan, le sol ou l’air… et dans 50 ou 500 ans y sera encore !
  • La pollution est bien sûre majeure autour des usines de production. Par exemple à Trissino en Italie, la société Miteni en a produit pendant cinquante ans, contaminant l’eau et les sols sur plus de 200 km2, touchant ainsi 350.000 habitants.  Mais l’eau ou l’air peuvent aussi transporter très loin des molécules issues des déchets ménagers ou industriels. On en retrouve ainsi jusque dans les océans Arctique et Antarctique. Ces polluants contaminent même l’eau de pluie.
  • Résultat, les chaînes alimentaires sont contaminées. Les crustacés et mollusques présentent des concentrations particulièrement élevées en acide perfluorooctanoïque (PFOA) et sulfonate de perfluorooctane (PFOS). Même l’eau que nous consommons peut être polluée.
  • Or ces substances sont toxiques, cancérigènes, et il s’agit de perturbateurs thyroïdiens. Parmi les risques ? Hausse du taux de cholestérol, de la tension artérielle et des risques cardio-vasculaires, impacts sur la fertilité…

(source)

Que faire ?

Des actions réglementaires

Pour commencer… les décideurs ont du travail pour faire évoluer les réglementations. Ci-dessus, j’évoquais que d’un département à l’autre, la recherche de PFAS dans les eaux peut être très variable, tant en nombre de molécules testées qu’en matière de seuils de quantification. Une harmonisation est souhaitable.

La vidéo ci-dessous montre qu’en février 2023, en France, on peut vivre près d’une usine qui produit des PFAS et tout ignorer de la pollution que cela peut engendrer… Pourtant, autour de l’usine de Tavaux (500 ha, 1.700 salariés) par exemple, le taux de PFAS dans les eaux souterraines ou de surface dépasserait les 100 ng/L, seuil jugé dangereux pour la santé par les experts.

De fait, un plan d’action ministériel est paru en janvier 2023.

Contre la pollution déjà en place, je crains qu’il n’y ait rien à faire. Par contre, on peut éviter de polluer davantage !

Agir au quotidien

en cuisine

Certains PFAS sont utilisés dans la formulation des matériaux au contact des denrées alimentaires. Pour commencer, ils rendent étanches les contenants en papier/carton. De plus, ils confèrent des propriétés anti-adhésives aux poêles et casseroles. Savez-vous qu’une seule rayure sur une casserole ou une poêle en téflon pourrait libérer plus de 9.000 particules (source) ?  On limite les risques en utilisant des contenants en verre, des poêles en inox, des cocottes en fonte… et en évitant la restauration rapide où les aliments sont servis dans des emballages pouvant contenir des PFAS.

Déco

Pour meubler et décorer la maison, on va éviter les tapis et meubles traités « antitaches ».

Cosmétiques

Enfin, côté salle de bain, attention… Les PFAS pourraient peupler vos cosmétiques sans que vous le sachiez, car ils ne sont pas forcément visibles sur la liste des composants… En 2023, on peut encore trouver des PFAS dans les produits de maquillage (notamment). Les grandes marques les ajoutent à leurs produits pour augmenter la tenue du maquillage, améliorer la finition, préserver la couleur des fards à paupières et des rouges à lèvres… (source). Mais comment faire ? personnellement, je choisis des cosmétiques limitant emballages et nombre d’ingrédients : shampoing solide, savon solide de préférence en direct de l’artisan, maquillage de petites marques françaises « bio »…

Papier WC

Quant au papier hygiénique…

« Un Européen consomme 13 kilos et 120 rouleaux de papier toilette en moyenne chaque année, pour un chiffre d’affaires de 270 € par seconde et 8,5 milliards d’euros par an, soit l’équivalent de 5,5 millions de tonnes de papier et 22 milliards de rouleaux de papier hygiénique »

Planétoscope

Outre la pollution par les PFAS, on peut garder en mémoire que la production de papier WC, même issu de papier recyclé, nécessite la consommation d’eau (45 à 140 L d’eau par rouleau) et d’énergie, + le plastique pour l’emballage, l’énergie pour le transport… Mettons qu’on choisisse du papier hygiénique recyclé et non blanchi (au chlore) ni coloré ni parfumé (avec des produits chimiques souvent allergisants)… il pourra néanmoins contenir des produits toxiques. En plus des PFAS, des traces d’encre… pouvant contenir du bisphénol A, un perturbateur endocrinien.

Et une fois utilisé, il est bien rare que le papier hygiénique parte au compost… Il va plutôt être déchiqueté dans l’eau et partir dans les boues des stations d’épuration… Ces boues sont parfois enfouies, parfois incinérées, leur emploi comme engrais est problématique car elles sont aussi contaminées par des métaux lourds et divers polluants…

Cette vidéo canadienne reprend ces différents points qui contribuent à l’empreinte écologique du papier toilette…

Il existe des alternatives, si on a de l’eau on peut se laver. Autant que l’eau serve à se laver qu’à fabriquer le papier, non ? Dans bon nombre de pays, on se lave juste à la main et à l’eau. Certains proposent l’emploi du gant ou de lingettes lavables. A vous de voir… Je pense que le plus simple est de récupérer une bouteille et de la transformer en « bidet portable ». Exemple dans cette vidéo qui propose aussi une solution pour avoir une douche consommant très peu d’eau.

Et vous, que choisissez-vous ?


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