logo
azote et phosphore : limite franchie !

Azote et phosphore


Azote et phosphore : aliments ou polluants ?

Azote et phosphore sont des aliments pour les plantes. C’est pourquoi, en agriculture conventionnelle, les exploitants en apportent sous forme d’engrais. On parle couramment d’engrais NPK : N pour l’azote, P pour le phosphore et K pour le potassium. Il en faut… mais pas trop. Un excès de nutriments dans l’eau conduit à des phénomènes d’eutrophisation dont je parle aussi dans mon article sur l’eau douce.

Eutrophisation

Que ce soit en milieu continental ou marin, s’il y a beaucoup de nutriments, les algues et végétaux aquatiques vont se développer de façon excessive. Et ce d’autant plus vite que la température augmente. Ainsi, excès d’azote et phosphore associé au dérèglement climatique contribuent à la dégradation des eaux douces et marines et à l’érosion de la biodiversité !

Deux types d’algues sont concernés :

  • les grandes algues telles que les ulves produisent des marées vertes. En France métropolitaine, on les observe notamment sur les côtes bretonnes.
  • les algues microscopiques (phytoplancton) provoquent des eaux colorées, avec un éventuel risque de toxicité pour les organismes marins et l’alimentation. Ces algues microscopiques sont localisées, en France métropolitaine, des Flandres au bassin d’Arcachon et dans les lagunes de Méditerranée.

Quand elle meurent, les bactéries aérobies les décomposent, en consommant tout le dioxygène présent dans l’eau. Quand il n’y a plus de dioxygène, poissons, crustacés, mollusques etc ne peuvent plus respirer donc meurent. On parle d’anoxie du milieu. Quant aux grandes algues qui meurent sur les plages en grande quantité, leur décomposition s’accompagne d’un dégagement de gaz nauséabonds et toxiques…

Les étangs de Bas-en-Basset (43)

Partout on peut constater des problèmes d’eutrophisation par la mort massive de la faune aquatique. Un exemple en Haute-Loire : les étangs de Bas-en-Basset font l’objet d’articles dans la presse locale.

juillet 2021 : On constate une importante mortalité piscicole dans l’un des étangs. Notamment, des dizaines de carpes recouvertes par le développement de la végétation aquatique. Pour l’agent missionné, la cause est évidente : eutrophisation, anoxie du milieu…

juillet 2022. L’eau ne circule plus entre les étangs, la végétation aquatique a proliféré. La chaleur a encore accru la baisse du niveau de l’eau. Baisse de l’oxygénation, produits phytosanitaires… résultat ? 25 juillet, 400 kg de cadavres de poissons pêchés à la surface de l’eau : brèmes, silures – dont deux spécimens de 2,20 et 2,40 mètres – brochets, des milliers de petits poissons blancs – Sans compter tous les poissons qui pourrissent au fond de l’eau.

L’échouage en masse des Sargasses

Aux Antilles, c’est le développement excessif des sargasses qui pose problème. En effet, ces algues brunes vivent normalement en pleine mer, notamment dans la mer des sargasses, au large de la côte Est des États-Unis. Tant qu’elles restent dans leur milieu naturel, elles ont un rôle écologique à jouer. Mais quand elles s’échouent en masse sur les plages des Antilles, leur décomposition émet des gaz : ça pue et c’est toxique. Cela fait donc fuir les touristes. De plus, la production d’acide sulfurique acidifie l’eau, tuant le corail et perturbant de ce fait toute la faune marine, donc la pêche et les activités touristiques… Enfin, les tortues marines risquent de ne pouvoir pondre donc se reproduire sur des plages couvertes de sargasses en décomposition et d’humains qui viennent les ramasser…

Un intéressant article paru en décembre 2022 explique bien, notamment, pourquoi le développement de deux espèces de sargasses est devenu excessif depuis 2011 :

Voiles et Voiliers : Que s’est-il passé en 2011 pour que se développe une telle prolifération de sargasses dans l’Atlantique ?

Valérie Stiger-Pouvreau : Il y a une multitude de facteurs et de paramètres environnementaux qui peuvent expliquer ce phénomène.
D’abord, un apport de nutriments (azote, phosphore) provenant des grands fleuves africains (tel que le fleuve Congo) et du fleuve Amazone. Cette zone de l’Atlantique est normalement oligotrophe, c’est-à-dire qu’elle est pauvre en nutriments. Mais ces fleuves africains et sud-américains déversent des nutriments qui, avant, ne terminaient pas dans l’océan. Cela nourrit les algues.
Une autre cause de la prolifération de ces algues marines serait les brumes de sable provenant du Sahara (riches en fer et phosphates) et qui arrivent aux Antilles.
Enfin, le changement de courantologie dû au réchauffement des océans est un autre facteur à prendre en compte, et qui permettrait d’expliquer l’arrivée des sargasses aussi bas (Afrique/Brésil) en Atlantique.

Donc en ce qui concerne l’azote et le phosphore, un peu c’est une source de nutriments, trop c’est une source de pollution.

La perturbation des cycles biogéochimiques de l’azote et du phosphore fait partie des limites planétaires dont le seuil a été franchi. Quelques chiffres issus d’un site gouvernemental.

L’azote

On a compris que l’enjeu est d’empêcher un rejet excessif d’azote dans les milieux aquatiques afin d’éviter leur eutrophisation. De plus, l’eau potable doit contenir peu de nitrates (l’une des formes de l’azote dans les milieux aquatiques). Car sa présence est indésirable, surtout pour les femmes enceintes et les nourrissons. En effet, les nitrates peuvent se transformer en nitrites, cancérigènes. Quant aux bébés, en présence de ces substances azotées, leurs globules rouges n’arrivent plus à véhiculer le dioxygène dans le sang !

  • seuil à ne pas dépasser : entre 62 et 82 millions de tonnes par an à l’échelle mondiale.
  • en 2015, on estime les pertes d’azote dans l’environnement à 150 millions de tonnes . Le double !
  • En France, cet azote excédentaire provient essentiellement des pratiques agricoles. Elles ont été améliorées ces dernières décennies au vu des problèmes environnementaux engendrés, mais on reste au-dessus des limites nécessaires à l’équilibre environnemental.

Le phosphore

L’enjeu concernant le phosphore est d’empêcher son rejet excessif dans les milieux naturels afin d’éviter leur eutrophisation. Les scientifiques craignent aussi qu’un excès de phosphore ne conduise à un événement anoxique océanique majeur.

  • Seuil au niveau mondial pour éviter l’asphyxie des océans : 11 millions de tonnes par an de phosphore rejetées dans l’eau.
  • En 2015, 22 millions de tonnes de phosphore ont été rejetées dans les eaux. Le double !
  • Seuil sur les continents pour éviter l’eutrophisation des eaux douces continentales : entre 6,2 et 11,2 millions de tonnes.
  • En 2015, la limite est franchie avec environ 14 millions de tonnes.
  • En France, le phosphore excédentaire provient surtout des eaux résiduaires urbaines, mais aussi des engrais. Cela dit, l’utilisation des lessives sans phosphates et l’amélioration des stations d’épuration ont permis de diminuer les rejets.

Et vous, avez-vous été confronté à des phénomènes d’eutrophisation, marée verte, interdiction de baignade du fait de la présence de phytoplancton ? Avez-vous pu mener des actions pour limiter les rejets d’azote et phosphore ? Merci pour vos partages.


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *