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Bovins et environnement

Bœuf, veau, produits laitiers dans notre assiette (2) environnement (et éthique).


L’élevage bovin est à la base de la production de bœuf, de veau, et de produits laitiers. Suite à un premier article sur l’intérêt d’en consommer (de façon modérée et non obligatoire) pour la santé, étudions dans quelle mesure consommer viande et fromage peut polluer l’eau ou dérégler le climat. Certaines pratiques agricoles permettent-elles de limiter l’impact environnemental ?

Commençons par considérer la filière bovine laitière. âmes sensibles je me dois de vous prévenir : côté éthique et bien-être animal, mieux vaut ne pas « regarder de trop près » quand on veut continuer à consommer des produits laitiers « standard » ! Des alternatives existent heureusement pour une partie de ce qui peut éthiquement choquer.

La production de lait

Rappelons pour commencer que pour qu’un mammifère femelle produise du lait, il faut préalablement qu’il y ait eu naissance d’un petit. Un veau dans le cas des vaches.

Quand il s’agit d’œufs de poules, j’ai montré dans un autre article que les poussins mâles sont éliminés. De plus, à un an et demi on va réformer les poules pondeuses. Qu’en est-il dans le cas des vaches ?

Une insémination artificielle programmée

Pour commencer, les vaches doivent être fécondées… Dans les élevages industriels, il s’agit d’insémination artificielle. Mise au point au milieu du vingtième siècle, cette technique est bien rodée.

Cela se produit quand la vache ou la génisse est « en chaleurs », suivant un cycle d’environ trois semaines. Pour choisir le jour et l’heure d’insémination et donc la période de vêlage d’un « lot » de bovins, les animaux vont recevoir des traitements hormonaux suivant des protocoles de « synchronisation des chaleurs ». Ainsi, toutes les génisses d’un lot peuvent être inséminées le même jour, et mettre bas en même temps.

Une alternative ?

Plus que l’impact environnemental, c’est assurément la dimension éthique et « bien-être animal » qui peut interroger. Une alternative ?

Du côté des fromages de chèvre et de brebis ? Ces mammifères sont « saisonnés ». Chèvres et brebis rentrent en chaleur quand les jours diminuent : de la mi-août jusqu’à la fin de l’année. La gestation dure 5 mois pour les chèvres, ainsi les cabris naissent entre janvier et mai. Les petits sont nourris au lait pendant 2 mois et demi puis après passent au foin comme les grands. La mise bas déclenche la lactation, qui dure entre 9 et 10 mois. Pendant 2 à 3 mois, on arrête de traire les chèvres en fin de gestation, donc normalement, entre fin décembre et février – mars, il n’y a pas de fromage frais de chèvre.

Pour en avoir toute l’année, l’éleveur pratique le désaisonnement : Les chèvres (ou les brebis) sont élevées dans des bâtiments où l’éclairage est modulé selon les « lots » pour agir sur les cycles des biquettes. Des traitements hormonaux peuvent aussi être pratiqués.

Vous voulez un fromage issu de vaches, chèvres ou brebis fécondées naturellement dans le respect de leur rythme ? Je pense qu’il n’y a qu’une solution : choisir vos producteurs locaux en vente directe, sur le marché ou à la ferme, affichant des méthodes d’élevage traditionnel.

La « carrière » d’une vache laitière

L’objectif de rentabilité des élevages va de pair avec un premier vêlage des génisses le plus tôt possible après leur naissance. Le repère de la puberté ? La génisse atteint 50 % de son poids adulte, entre 9 et 11 mois d’âge chez les génisses laitières de race précoce comme les Holstein. Elle est un peu plus tardive chez les autres races. Il faut ensuite que ce soit le bon moment pour inséminer le « lot » de génisses, puis 9 mois de gestation… On cherche à ce que les génisses aient leur premier vêlage plutôt avant deux ans. Pour en savoir davantage, cet article parle d’un éleveur qui a réduit de 6 mois l’âge du premier vêlage, essentiellement grâce à une alimentation optimisée.

Ensuite, les vaches enchainent les inséminations, un veau par an. On arrête la traite deux mois avant le nouveau vêlage (Traduisez : pendant 7 des 9 mois de gestation, la vache fournit toujours son quota de lait quotidien). Et, en agissant sur l’apport alimentaire, on va optimiser vêlage et future production de lait. Il s’agit pour l’éleveur de s’assurer que la ration apporte suffisamment de fibres, avec un bon équilibre énergie – azote. Enfin, il prévoit une complémentation « sur mesure » en vitamines et minéraux.

Les vaches atteignent leur maturité à la 3ème lactation. Dès lors, elles expriment leur plein potentiel, produisant le plus de lait.

Quelques repères

En moyenne… (source) :

  • 2 (à 3) traites par jour
  • 6 à 9 minutes par traite (automatique) pour chaque vache
  • au moins 8% des élevages français disposent d’un robot de traite
  • 24 Litres de lait produit par vache en une journée
  • 10 mois par an de lactation (dont 7 tout en étant porteuse d’un veau)

Une vie dans les verts pâturages ?

bovin au pré

Si vous choisissez un lait « de base » ou un « fromage industriel », soyez certains que les vaches (les chèvres, les brebis) passent leur vie dans des bâtiments. Pour aider la productivité des vaches tout au long de leur « carrière », l’aménagement de ce bâtiment permet un accès facile à l’eau (propre) et à l’alimentation (en quantité et qualité), dans de bonnes conditions de température, humidité. L’alimentation et la traite sont plus ou moins automatisées. Le bien-être animal ? que le bovin n’ait ni faim, ni soif, ni peur, qu’il ne souffre pas de douleur ou de maladie ni d’inconfort (source). Espérons donc que la vache n’ait ni mammite, ni boiterie ni …

Heureusement, il reste des élevages traditionnels. Les vaches sont dans les prairies une grande partie de l’année. L’éleveur doit emmener le troupeau deux fois par jour dans le bâtiment de traite.

Vous voulez être sûr d’acheter du lait ou du fromage provenant de vaches ayant passé une partie de l’année en pâturage extérieur (à l’exception de l’hiver) ? Regardez du côté des AOP. Voici par exemple les critères retenus pour l’appellation Saint-nectaire :

  • Les vaches doivent être nées et élevées sur le territoire de 69 communes d’une zone de montagne située entre le Puy-de-Dôme et le Cantal,
  • Les prairies naturelles représentent au minimum 90 % de la surface en herbe de chaque exploitation, et les vaches y sont au moins 160 jours par an,
  • La ration de base des vaches laitières est exclusivement constituée d’herbe, dont au moins 70 % provient de la zone de production du lait.
  • Les aliments complémentaires doivent faire partie d’une liste bien définie. Pas d’ensilage de maïs ni d’OGM.

La réforme plutôt que la retraite…

Le débit de la lactation diminue en général à l’âge de 5 ou 6 ans. Les vaches sont dès lors réformées. Autrement dit envoyées à l’abattoir. Elles deviennent steaks hachés, cuir… En France, l’âge moyen de réforme des vaches laitières est de 80 mois – 6 ans et demi (source – en 2016).

Une alternative ?

Savez-vous combien de temps peut vivre une vache si elle n’est pas envoyée à l’abattoir ? une vingtaine d’années (source). Mais… si une partie des poules de réforme sont sauvées de l’abattoir en étant « adoptées » par des particuliers qui ont ainsi des poules dans leur jardin à moindre coût, pour les vaches… Difficile d’avoir une vache productive dans un petit jardin ! Là, quel que soit le label, je pense que le devenir des vaches laitières est scellé d’avance.

Les veaux

Chaque année, chaque vache laitière donne naissance à un veau ou une génisse. Plus d’un million de « veaux laitiers » naissent ainsi chaque année en France pour permettre la production du lait et de tous ses dérivés. Ensuite ? La production de lait pour les humains va de pair avec la séparation du veau et de la vache dès qu’elle ne produit plus du colostrum mais du lait. Vers… un jour. Voire dès la naissance. Le colostrum est alors trait par une machine à destination des usines produisant de la nourriture pour veau.

Les génisses, futures laitières

La suite dépend du sexe du bovin. Une grande partie des génisses permet le renouvellement du cheptel. Leur devenir est donc d’être dès que possible inséminées pour produire du lait jusqu’à atteindre l’âge d’être réformée. Elles vont ainsi vivre dans le bâtiment d’élevage pendant environ 6 ans.

Les veaux pour la boucherie

Quant aux mâles, ils ne peuvent produire de lait… « Sous-produits de l’industrie laitière », ils sont alors engraissés pour leur chair dans des élevages industriels de « veaux de boucherie ». L’élevage peut compter plusieurs centaines d’animaux. Contrairement aux races à viande, les « veaux laitiers » ne sont pas élevés sous la mère – Sinon les humains n’auraient pas le lait en quantité rentable… Les « veaux laitiers » reçoivent une « buvée » appropriée à leur âge : Poudre de lait, de produits laitiers, de matières grasses et de compléments nutritionnels dilué dans de l’eau chaude. L’éleveur complète progressivement par l’apport de céréales et d’autres fourrages pendant la durée de l’élevage des veaux. Mais surtout pas d’herbe pour que la viande reste bien blanche. Durée de vie de ces mâles ? 4 à 5 mois en France.

Amis végétariens qui ne voulez pas consommer de produits animaux « morts », désolée mais manger du fromage et autres produits laitiers va de pair avec la mort prématurée de la laitière et de ses petits.

A l’échelle mondiale, la France est le deuxième producteur de veau et le premier consommateur. Il est parfois plus rentable de les engraisser ailleurs que dans leur pays de naissance. C’est pourquoi chaque année, plus d’un million de veaux effectuent des voyages de plusieurs jours au sein de l’union européenne. Par exemple chaque année, 100.000 veaux nés en Irlande partent aux Pays-Bas, en Italie ou en Espagne, via le port de Cherbourg (Source… âmes sensibles s’abstenir !).

Une alternative ?

Si vous avez vos propres vaches, vous pouvez choisir de partager le lait pour votre (petite) consommation personnelle avec les veaux qui sont nés. Sinon, je vous invite à regarder du côté des fromages fabriqués à partir du lait des vaches de race Salers. En effet, la présence du veau est indispensable pour amorcer la traite. Après avoir absorbé les premiers jets, il est attaché à la patte avant de sa mère et le vacher peut entreprendre la traite de 3 trayons (le quatrième étant pour le petit). Le veau est ensuite libéré et réalise l’égouttage de la mamelle.

Cette technique permet un rapport matière grasse/matière protéique voisin de 1,2, d’où des qualités fromagères exceptionnelles. De plus, ces vaches rustiques sont dans les prairies une grande partie de l’année, où elles se nourrissent d’une diversité d’ »herbes » fleuries.

Le lait issu des troupeaux de Salers permet la fabrication d’AOP Salers Tradition, AOP Cantal et AOP St Nectaire. Mais attention… Cantal et Saint-Nectaire peuvent aussi être produits avec du lait de vaches d’autres races, Montbéliardes en particulier. Quant à l’AOP Salers, on le fabrique plus souvent avec du lait de Prim’holstein, très productives, séparées de leur veau quand il a 24 heures… Parfois croisées avec des taureaux de race américaine pour être productive et sans corne … Savez-vous que deux tiers des vaches laitières en France sont de race Prim’holstein, que ce soit pour faire du fromage Salers, ou du camembert, du brie, du Munster…

Je vous invite à regarder cette vidéo.

Après ce panorama de la vie des vaches et des veaux permettant la production des produits laitiers et d’une partie de la viande, du cuir…, considérons les conséquences pour l’environnement.

Élevage bovin & climat

L’impact des animaux sur le climat dépend des conditions d’élevage. Prenons deux cas extrêmes.

D’un côté, l’élevage intensif dans des bâtiments. Il faut regarder l’impact de la construction des bâtiments, bien souvent en béton, + celui de l’alimentation, + celui des émissions des bovins, + penser au transport des animaux, du lait… En France, les « fermes usines » entrent dans le cadre des « installations classées pour la protection de l’environnement » : Il s’agit d’élevages de plus de 400 places pour les bovins. Parmi les projets à l’étude actuellement (printemps 2024) ? Une ferme-usine en Haute-Vienne. Elle passerait d’une capacité de 700 à 3100 bovins, répartis dans les dix bâtiments existants. Il y aurait :

  • 1400 jeunes bovins en engraissement, abattus à Limoges puis exportés vers l’Italie et l’Espagne ;
  • une production de génisses, commençant à l’herbe (600) puis allant en bâtiment (800)
  • + des vaches de réforme

Ces fermes-usines ont un impact lourd. Très différent de l’élevage traditionnel où les animaux passent une grande partie de leur vie au pâturage et dont le lait est utilisé localement : moins de transport, moins de lisier à traiter, moins de…

Le méthane

En Europe, un peu plus de la moitié des émissions de méthane provient du secteur agricole (document avec les valeurs précises). Pour l’essentiel, ce méthane provient des élevages bovins.

On peut lire que « Les vaches françaises émettent autant de gaz en un an que 15 millions de voitures » (source). Pendant qu’il rumine, un bovin dégage dans ses rots et ses pets du méthane. Voyons pourquoi.

La digestion des bovins

Les bovins sont des ruminants. Dans Jamais seul, Marc-André Selosse explique très bien ce qui se passe :

La portion amont de l’estomac, le rumen, représente 8 à 15% du poids de l’animal. Cette poche reçoit l’herbe broutée, ou toute autre nourriture donnée au bovin.

Les micro-organismes constituent la moitié de la masse sèche du contenu de ce rumen. Leur rôle ? Digérer les débris d’herbe par fermentation puisque le milieu est dépourvu de dioxygène. Il s’en suit une production de gaz : méthane, dihydrogène et acides gras volatils responsables de l’odeur caractéristique des vaches et étables. Les acides gras couvrent 80% des besoins énergétiques des bovins. Et la vache élimine par ses rots l’excédent de gaz. Au final, la vache mange de l’herbe pour nourrir ses microbes, qui en retour produisent les substances qui apportent de l’énergie à la vache. Ce processus va de pair avec la production de méthane.

Le méthane

Le méthane est un gaz à effet de serre beaucoup plus puissant que le dioxyde de carbone. Dans l’actuel contexte de dérèglement climatique, tout ce qui permet de diminuer l’émission de méthane est bienvenu. Cela fait partie des arguments pour inciter les gens à diminuer leur consommation en viande bovine et en fromage.

Et… sélectionner des produits provenant d’élevages traditionnels est aussi un bon levier. Ou tout élevage vigilant à diminuer les émissions de méthane en agissant sur l’alimentation.

Émission de méthane en fonction de l’alimentation

Ainsi, dans les produits du label « bleu blanc cœur« , la ration est enrichie en lin. Par rapport au maïs par exemple, le lin contient moins de glucides et davantage de protéines ainsi que des acides gras de qualité. C’est bon pour la santé du bovin, bon pour la santé du consommateur, et bon pour la planète. Les calculs de l’INRA (source) permettent d’affirmer que, « en théorie, si toutes les vaches françaises mangeaient du lin et rotaient 10 % de méthane en moins, l’économie serait de 2,6 millions de tonnes d’équivalent CO2 par an, soit ce qu’émet 1,5 million de voitures en un an ».

Depuis, avec la méthode Ecométhane, on peut aller plus loin. Savez-vous qu’un bovin ayant une alimentation traditionnelle, à base d’herbes, émet moins de méthane qu’un animal recevant une alimentation… pour le moins étonnante ! Car voici ce qui est interdit pour bénéficier du label écométhane. L’éleveur ne doit pas donner au bovin de matière grasse animale (Ex. Huile de poisson) ! Il ne doit pas non plus le nourrir avec de l’huile ou des tourteaux de palme ou de coprah / coco. L’apport en soja, colza, tournesol doit rester limité.

En parallèle, diminuer le soja importé, augmenter la part de légumineuses fourragères et à graines et d’herbe produite sur l’exploitation (pâturage / foin) améliorent l’autonomie, diminuent les transports…

L’emmental

Prenons l’exemple d’un fromage particulier, l’emmental. Et voyons, selon nos choix d’achat, l’impact que cela pourra avoir sur le climat, la pollution, etc. C’est le fromage le plus produit en France : plus de 200.000 Tonnes par an. Mais… il y a emmental et emmental !

Beaucoup de lait dans le fromage

Comme le comté et le gruyère, l’emmental est une pâte cuite pressée. Voici les étapes de fabrication traditionnelle.

  • Le lait est mélangé à de la présure, donnant un mélange caillé – sérum.
  • Ce mélange est chauffé à 50°C.
  • Le caillé est moulé en grande meule et pressé fortement pour en extraire le sérum.
  • La meule est salée en saumure.
  • Puis vient le temps de l’affinage.

Savez-vous que 12 L de lait sont nécessaires pour l’obtention d’1 kg d’emmental ? Par comparaison, il faut 2 L de lait pour produire un camembert de 250 g (soit 8 L par kg), environ 10 L par kg de bleu d’Auvergne… Et du côté des fromages au lait de chèvre, on compte 5L de lait pour 1 kg de fromage frais, 7L pour 1 kg de fromage affiné. Concernant les fromages au lait de brebis, le plus célèbre est le roquefort : 12 L de lait cru pour un fromage de 2,8 kg, soit environ 4 L par kg.

Des alternatives à la présure ?

Dans l’emmental comme dans presque tous les fromages, on met de la présure. Extraite de la caillette, une partie de l’estomac des jeunes ruminants abattus avant sevrage, elle permet la coagulation du lait. Vous êtes végétarien, sensible à la souffrance animale, et souhaitez consommer du fromage ne nécessitant pas la mort d’un veau ? Voyons quelles alternatives existent.

On obtient le yaourt en faisant fermenté le lait avec des ferments lactiques. Mais le caillé n’est pas assez dense, ferme, pour le transformer en fromage. Il faut un départ de type « fromage blanc ».

Chez soi, en alternative à la présure, on peut mettre un peu de jus de citron ou de vinaigre dans du lait chaud. Lait animal ou « lait » de soja, l’acidification provoque la coagulation des protéines du lait. Après filtration, on peut obtenir un fromage frais. Je ne crois pas qu’il existe des fromages industriels ou artisanaux ainsi produits.

Des AOP portugaises sans présure

Au Portugal, des macérations de chardons sauvages permettent la coagulation du lait à l’origine de l’Azeitão et du Serra d’Estrela, deux AOP.

Une alternative industrielle

La présure coûte « cher ». Les industriels la remplacent par une alternative bien plus économique… Pour le savoir, il suffit de bien regarder les étiquettes !

Au rayon des fromages râpés, à côté de l’emmental figurent des produits variés. Par exemple des « râpés aux 3 fromages ». Voici la composition d’un tel produit : « Maasdam (fromage à pâte pressée non cuite) 69 % (lait pasteurisé, sel, ferments (dont lait), enzyme coagulante), Emmental 15 % (lait pasteurisé, sel, ferments (dont lait), enzyme coagulante), Mozzarella 15 % (lait pasteurisé, sel, ferments lactiques, correcteur d’acidité : E330, enzyme coagulante), fécule de pomme de terre. » La présure est remplacée par une « enzyme coagulante », produite à l’échelle industrielle par des bactéries OGM. E330 ? de l’acide citrique, produit à l’échelle industrielle par une moisissure. Et… oui, un peu de fécule de pomme de terre dans le fromage.

Origine du lait

emmental râpé premier prix.

 » Emmental 98% (lait de vache pasteurisé, sel, ferments lactiques, coagulant), fécule de pomme de terre.
PAYS DE FABRICATION : France
LAIT ORIGINE : EUROPE ».

Le prix est baissé en agissant à tous les niveaux. 2% de fécule de pomme de terre, c’est autant de fromage en moins. Pas de présure mais un coagulant sans doute produit par des bactéries OGM.

Du lait produit à l’étranger. Donc entre la production de lait et la laiterie, il y a eu transport. Autrement dit carburant qui contribue à la pollution et au dérèglement climatique.

Mais aussi soyez sûr que le lait provient d’une « ferme-usine » où les vaches, séparées des veaux dès leur naissance, vivent dans des bâtiments et non dans des pâturages. Elles ont une nourriture optimisée pour favoriser la production de lait à moindre coût. Parmi les aliments très intéressants dans ce cadre, le tourteau de soja… OGM produit en Amazonie et contribuant à la déforestation. Il y aura aussi du maïs dont la culture est très gourmande en eau, engrais, pesticides.

Transport, déforestation, OGM… autant de facteurs négatifs pour le climat, l’eau, la biodiversité… Derrière un produit en apparence bon marché se cache un coût élevé pour la planète.

emmental label rouge

Si 95% des emmentals produits sont « industriels », environ 5% sont labellisés. Il y a l’emmental AOP Suisse, région d’origine de ce fromage. Et des emmentals IGP et label rouge français. Là, on a des garanties quant à l’alimentation donnée aux vaches laitières. En effet, dans cette filière, au moins 50 % de l’alimentation est de l’herbe, du foin et/ou du regain, cette herbe qui repousse dans les prairies après la première fauche. En été, s’il manque d’herbe fraîche, l’éleveur peut en récolter dans les prairies alentour à condition de la donner à ses bêtes dans les 24 heures maximum. L’alimentation complémentaire se compose essentiellement de graines de céréales, de protéagineux et de minéraux. Aucun aliment fermenté comme l’ensilage de maïs ni OGM pour ces bovins.

La production de lait pour l’Emmental Label Rouge passe par une culture extensive des prairies. Dans plus de 95 % des exploitations, la surface en herbe est supérieure à 10 000 m2 par vache laitière ! L’été, le cahier des charges exige 3 000 m2 de pâture par bête. Le reste sert à produire du foin pour les mois d’hiver passés à l’étable (source).

L’impact environnemental est donc bien moindre. Moins de transport, moins de méthane produit par les vaches, des cultures moins gourmandes en eau et pesticides… Le goût est également bien plus fin. Dès lors, c’est le consommateur qui paye un produit de qualité et non la planète ai-je envie de dire.

Mais… cet emmental de grande qualité est produit traditionnellement : avec de la présure. Cela peut mettre mal à l’aise certains consommateurs. Mon avis ? L’obtention de produits laitiers va de pair avec la production de veaux pour la boucherie. Mieux vaut privilégier de bonnes conditions d’élevage et d’alimentation, garantie par le label rouge, que l’absence de présure, si vous souhaitez consommer de l’emmental.

Le choix du bio ?

Regardons l’étiquette de l’emmental bio d’une grande surface. Pas de présure, lait français… : « Lait cru de vache issu de l’agriculture biologique (origine : France), sel, ferments lactiques, enzymes coagulantes. »

Un peu plus de 261 000 vaches laitières sont conduites en bio en France, soit 7 % du cheptel français. Quelles garanties sous ce label ?

Pour bénéficier du label, les herbivores doivent avoir accès au pâturage dès que les conditions climatiques et l’état du sol le permettent (source).

Veaux et génisses ? L’éleveur bio peut dédier à des « vaches nourrisses » le rôle de nourrir les veaux et génisses. Loin des « fermes-usines » contenant plusieurs centaines voire milliers de veaux nourris avec une « buvée ».

Concernant le bien être des bovins, on peut penser aussi à l’écornage… Cette pratique consiste à couper les cornes des animaux d’élevage ou à les empêcher de pousser, pour limiter les blessures entre animaux, assurer la sécurité de l’éleveur, faciliter la manipulation des animaux. Avant la pousse, sur de jeunes animaux, il peut y avoir ébourgeonnage. Si dans les « fermes-usines » l’écornage ou l’ébourgeonnage est systématique sans préoccupation de la douleur que ça engendre pour l’animal, en élevage biologique on ne les réalise que dans un cadre dérogatoire et obligatoirement avec une prise en charge de la douleur.

Moins de transport d’aliments, aucun engrais de synthèse, aucun pesticide interdit sur la charte « bio », pas d’OGM… Des animaux nourris en pâturage donc émettant moins de méthane… Certes c’est plus cher, mais c’est meilleur pour la santé du consommateur, de l’éleveur et de la planète.

Le plastique…

Qu’il soit râpé ou en bloc, si vous achetez votre emmental au rayon frais, il est conditionné dans un emballage plastique. Or le plastique fait partie des polluants actuels qu’il est souhaitable de limiter.

Donc suggestion : allez choisir votre emmental à la coupe, demandez à ce qu’il soit emballé dans un emballage réutilisable que vous emportez. Évitez les emballages à usage unique. Ceux en papier traité contiennent des PFAS, ces polluants éternels si décriés.

Et si vous voulez de l’emmental râpé, il est facile de râper un bloc de fromage. Savez-vous pourquoi l’emmental commercialisé râpé est moins cher ? Tout simplement parce qu’il est produit à partir des chutes de la meule. Le cœur de meule est valorisé dans des blocs géométriques, le reste part en râpé et autres produits dérivés.

Un exemple de produit dérivé ? Les tranches de fromage fondu « spécial croque » avec écrit en gros « emmental ». Voici la composition chez l’un des distributeurs : « Lait écrémé réhydraté, fromages 32 % dont emmental 5 %, beurre, eau, lactosérum, protéines de lait, sels de fonte : E331, épaississant : carraghénanes, correcteur d’acidité : acide citrique, sel, colorant : caroténoïdes.
PAYS DE FABRICATION : France
LAIT ORIGINE : EUROPE ». Certes, c’est beaucoup moins cher que de l’emmental… Ce produit fait partie des aliments hypertransformés, très loin de l’emmental traditionnel.

Je pourrais poursuivre avec la pollution des milieux aquatiques et le développement de « marées vertes » en Bretagne où est concentrée une grande partie de la production française. Au final, regardons les étiquettes pour faire nos choix de consommation en fonction de nos valeurs, qu’elles soient éthiques, économiques, environnementales…


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